Recueil

Poèmes

Une traversée poétique entre musique, rêve, doute, amour, matière et invisible.

Poème 1
La Poésie et Musique vraie – Notre cœur exhalé – n’en sépare plus les sources, Aussitôt que s’émanent Les essences mordorées - rougeoyantes parfois – De son creuset volontaire. La Sépulcre chante sur sa dépouille, L’Analyse abdique (jadis partisane) La Syntaxe et le Verbe se sont émancipés – Gloire à l’Ordonnance impondérable ! Maintenant Poésie ! La Magie emplit tes impeccables seins, Nue ou parée de surprise Tu mènes aux influx de ta baguette. - Les archets peuvent glisser obliques Sur l’âme attentive des violons, Libérant les plaintes longues Ou le sarcasme. - Les doigts faire ruisseler sur l’ivoire, Des étincelles Et la muse pincer de la harpe Les notes aériennes Comme un lâcher d’anges… - Les hautbois peuvent garder en musique Leurs jouets de petits moutons (si le piétin n’en brise la mesure) Aussi, la clarinette, ses brumes de Novembre, - La flûte affrioler les Faunesses … Les corps ! c’est la curée Sous la forêt stoïque … La meute … La foule affamée de tripaille chaude Sortie des œuvres du poignard. … Oui … La Phrase poétique Noble Dame, persifleuse ZIZIE Gueuse – s’il convient – Première Etoile – ballerine – trapéziste A jamais élastique Eblouie dans l’instant hystérique Retombe – frappée à mort – Eternellement vivante !
Poème 2
Prière à personne - (ballade) Prière à personne ! Chanson vagabonde Plainte des méconnus Dans le tohu-bohu … Prière à personne ! Image bouffonne De tous les dévêtus Tu tu turlututu … Prière à personne ! Ni Dieu, ni Madone Pas besoin d’Absolu Pour les deux fois vaincus …. Prière à personne Qui s’illusionne Ils ont été tendus Ils ont été tondus … Prière à personne ! Souvent qui pardonne Que tous les malvenus Soient un jour refondus … Refrain. Prière à personne ! Comme tu résonnes En nos cœurs éperdus Pauvre refrain perdu ! …
Poème 3
Non …. - aux fourches inventées bonnes à souiller la chair - aux scies puantes du caïman - aux spectres phosphorés qui me font les cornes - aux faméliques chèvres joueuses de flûtes épileptiques - d’être coupé – nu – par la bise glaciale emplie de noircissure Non – à la lèvre factice sous le rouge qui tient - aux mamelles fripées insolemment - à l’INESPOIR … NON OUI … - à quarante degrés, près des mers corailleuses sous l’ultra violet, les palmes balancées entendre – un peu loin – deux guitares concertantes et se gorger de liqueur de cannes. - au hamam an assister aux ébats des Suzannes. - s’habiller de fleurs exaltantes - à l’instant suspendu à la cime de joie rythmer – poète – sans rimer écrire sans diffuser. - pénétrer les Mystères et tordre le cou au DOUTE lumineusement ou vivre en imbécillité. - posséder sans richesse AVOIR AUSSI AIME
Poème 4
Un aquarium, un songe … … Et la branche, devint vivante Comme dans un tableau surréel, Ouvrant sa main adragante Pour saisir un cœur charnel – Tel qu’il saigne à l’étal des boucheries Et aux musées d’anatomie. De ce muscle paradoxal Un essaim de poissonnaille Paradisiaque, attendait sa ripaille Des larmes de cristal. Bien que ce cœur fut mien, Cela n’était pas triste, Je n’avais de dessein Qu’analytique … Toute flore actinale, alors se mua Magiquement, en viscères pulsées Et l’onde s’anima De fluorines irisées. En fin de combustion De cette chair mièvre Et sortant d’un buisson D’ardentes lèvres J’entendis Le cœur est consommable En tant qu’aliment substantiel Il vêt la forme innombrable Aussi du désistement pluriel Toute chair est disponible Pour terre ou poissons Tout esprit est coercible De l’absolue vision
Poème 5
O mon Arbre congénital Hâtif – bien trop – d’éclater ses bourgeons Qui feront des fleurs ouvertes, en regards Impatients du destin des fruits. O mon Arbre sentimental Voué aux initiales des serments Et dont les flèches suturées Décompteront l’inexorable calendrier. O mon Arbre viscéral Obligé de la sève globulaire Et du PH humoral Admirable pompe. O mon Arbre paradoxal Inquiet de nouvelles torsions Et de mains – « au- delà » ! Pleines d’irréalités spatiales ! Est-ce que tu tomberas en gibet resigné Sous la cognée prévue ? pour faire quelques planches . Est-ce que sous les neiges respectées, s’usera ta Dernière goutte vitale ? Colonne creuse devenue – âme de violoncelle offerte aux Complaintes du vent – Atteindras-tu la nourriture de L’humus, dans la Forêt humaine ?
Poème 6
Nous – papillons contre la vitre – Volons obstinément – Seigneur ! … Ne sommes-nous pas les meilleurs, Ceux dont l’espoir ne récalcitre … Nous voulons ce geste de Toi Qui, dans l’espace nous elance Irradiés – hauts sur les toits Du monde et de ses contingences …. Ah ! que l’élan de nos moteurs -cœurs arrêtés par la vitesse- nous conduise de ces noirceurs à Tes Idéales Promesses. Pour disparaître consumés, D’avoir atteint une folie, Par tant de voiles soulevées. - l’amour du Beau nous supplicie !
Poème 7
Karma Si, forçant la nullité noire, Que polit le grillon abrasif, Je tente l’interrogatoire D’un monde coactif ; Bizarrement … Je transfère Le moi habituel Hors de sa tare mensongère Des présences inéluctables, Dépouillent mon pôle banal Et le rendent habilitable A l’élément astral. L’imprenable meilleur A peine soupçonné sur terre, Oublieux du gloseur Ici, limite le tonnerre. En sorte que l’aboutissement extatique Voisine, dans une immensité, Avec la sanction tellurique Et l’acte de bonté. Je me sens mesurer horizontalement Les nappes disponibles De pressentiments Inextinguibles. Comment compter, en bulles mordorées Les désirs, qui vont naître Et dont les corps sont prêts ? Me voilà de reconnaître Les formes adulées Sans besoin d’ailes, pour planer. Il y en a d’inassouvies, Qui demandent deux vies. Et celui-là – inaccompli – devra choisir entre la peau D’une bête Ou d’un poète Ou la peine des pinceaux. … Qu’était la notion de distance ? J’atteins l’air plus volatil Et de pures essences Chantent au sens puéril. O présence interconfondues Qui –supérieurement- reformez les nues Excusez, dans votre profusion De lointains pucerons…. Vous les voyez, sans fatigue, Sur la balle quittée, revenez à eux Avec les solutions prodigues A leurs cerveaux vaseux.
Poème 8
Je le jetterai sur le pavé Avec des ricochets sarcastiques Cet os décharné de son luxe, Qu’il rejoigne des autres haillons Les vaines illusions, Les âmes dédorées – Puisque les Musées sont les poubelles Pour crevés inconnus. -Mon travail ! (trop souvent sous l’étoile) S’il n’intéresse personne Que les Marchands du Temple, Ou ne sait que glaner Les compliments d’adorables bouches Excitantes Je te ferai secret. Miroir, embu de mon haleine -reflète encore les plaies câlines De mes épines.
Poème 9
Ma banqueroute N’est pas frauduleuse J’ai fait fausse route A l’Actif de mon bilan Messieurs les syndics J’ai cette créance sur la Société Qui s’en fiche De mon labeur occulte. L’Art pour moi, c’était un Culte ! Je le priais partout Les jours était trop courts J’ai bien payé la facture De ma folie. Au Passif, on peut porter -outre les jouissances de mon âme – Le profit de mes illusions Faible addition. C’était inéluctable L’Art est lui même failli Aux termes de la loi d’Esthétique. Pour moi, c’est trop tard J’ai l’habitude de cette galère.
Poème 10
N’attendez plus de moi Des paroles mièvres -Elles ne m’ont rien fait- mais j’ai pris en grippe ces flasques amoureuses. Au centre de mon âme J’ai détecté l’ulcère -j’écrase la fleur innocente sans la voir et remercie la ronce. J’ai pourtant été élevé Dans les Sacrements On m’avait paré pour l’Offrande Comme le bouc enrubanné Pour la lenteur du Sacrifice. Mais la gageure N’a pas tenu ses promesses, Des mots eunuques Gardent la poésie, L’Art est lymphatique. Il ne reste de joies saumâtres Que dans l’intoxication Des intensités intraductibles. Ou la stoïcité du Silence !
Poème 11
L’animal n’a pas le souci de son âme Et ses actes sont purs cruels ou charnels Il ignore l’angoisse des finalités profondes Je l’envie, Installé dans sa race incessante De souffrir sans destin D’être chose vivante Et présente sans plus. Une voyance obscure, En d’incontrôlables promesses, Ternit les joies du castor supérieur Sans valoriser ses peines. En l’attente de preuves irréfutables Il ne sait en quels dieux, En quels Arts En quel Amour Par quels sacrifices Acquérir une âme certaine. Jusque là, le titubant De Bonne volonté Se griffera le visage Regardera l’oiseau Se rongera le foie Regardera le ciel Sans comprendre ….
Poème 12
Pourquoi l’homme doit-il ? Puisque le poète Regorge de rimes potentielles Et de plumes chantantes. Que l’orchidée fleurit encor Aux parterres de l’Amour. Puisque le peintre Est maître des équilibres Et du trait libertaire. Que le sculpteur -Pygmalion recommencé- a le nu de la Femme. Puisque la Musique Vient à nous sur le vent Hertzien. Que les laboratoires Ont vaincu le diable En bouillon de culture. Pourquoi l’homme doit-il Ouvrir, à la baïonnette Le ventre de son frère ? !
Poème 13
Toute forme sera écartelée Sans conditions Brisée, l’ex-Table souveraine ! -Rien n’est plus du calice volatil fût-il bijou angélique -Plus rien n’est des membres chevelus d’un Globe insupportable -bois jadis –repétri dans ses fibres. -l’oiseau-Lyre, au poète est sans invite et la Prêtresse même, plus belle que parée, lors de nos fêtes déraisonnables, sera réinventée – en des Sabbats morbides. L’artiste envoûté piétine ses dieux Lares Il t’abhorre « ma beauté » ! Mais –si cette démence annonce enfin l’aube psychique, Que cela Soit !.
Poème 14
Absoluïté de l’instant musical, En instance d’être… L’air concernant groupe ses molécules attentives Prêtes à porter le son …. Et –quand la mesure libérera le mystère, Le fluide conduira –plus fort que le mot – L’âme secrète Par les sentiers divers Qu’ils soient purs et de pipeaux fleuris A l’usage des promesses Sur un avenir trop engagé. Qu’ils défient, en leurs folies La mort comme la vie Qu’ils soient ceux qu’on n’ose dire Mais dont la musique détient, en ses dissonances, Les philtres universels. Il n’est limite en ses registres A partir du langage marin de la conque - de l’adorable harmonie des Nymphes évaporées voire des sanglots – Jusqu’aux jeux grandioses de l’alizé Non lassé par les orgues sylvestres, Franchissant les arches monumentales Tendues de firmament, Pour le culte des astres. Jusqu’au tambour de la foudre –s’il le faut - Brisant les colonnes Sur un monde temporaire Stupéfié, avant l’apothéose ! Qu’enfin le son, glorieusement désentravé S’étende en nappes azurées – brodées de chants d’oiseaux. En pensant à Jules Emile Massenet
Poème 15
…Il y a le temps pour la chenille de ramper son corps pileux infirme et négatif…- c’est le temps des options sélectives parmi les savoureux lactaires, en puissance de couleurs futures. …au centre du continué, j’ai retenu ma chrysalide –abstractive momie – extrêmement … jusqu’aux poussées internes contre la paroi fibreuse… …mais – quand j’ai senti fuseler ma carlingue, axée d’ailes diploptères, (qu’elles soient palettes éblouissantes ou veloutées d’yeux gris) m’arqueboutant alors dans mon vouloir de vaincre la pesanteur, aux arches de lumière, j’ai rompu le placenta ! que vienne le temps du papillon
Poème 16
On a tout écrit tout peint –tout chanté Les bleuets, les coquelicots Qui font un drapeau Le spleen, le vague à l’âme Qui font les poètes La mer Sans savoir nager Le ciel Sans voler L’amour Sans aimer On a rien écrit
Poème 17
Le frisson complice Est consentant du soir : -pour augurer des maléfices des signes du miroir, -pour faire la connaissance des troublants compléments, d’une insuffisance installée dans le temps, -pour tomber l’ignominie du manteau personnel, s’ inscrire à l’utopie d’une autre communauté. Dans ce besoin d’Irréel, Le volant, est presque contenté.
Poème 18
« On fête la Pâques …et on tue l’agneau ». La signature sert à dire dans quel sens il faut accrocher la toile. Vous connaissez tous cette plante dénommée « misère » Se plaît dans les ateliers d’artistes. … Où l’on vit … après le travail l’artiste dévorer son modèle … harengs et pommes … J’ai léché ma plaie, comme une bête J’ai léché la plaie que tu m’as faite.
Poème 19
Surréalité …Alors … alors … Prima le fabuleux Notre sphère était en deux Moitié pour le pain et moitié l’or … Syndromes désarticulés Symboles amputés Aux formes inconditionnelles Irrationnelles … … Voici que sous l’œil en étoile l’albatros ouvre sa voile -qu’insolite à profusion une roche transpire en perles du Japon -que la branche infernale en griffes terminales étrangle l’arbre fécondant dont les racines entrent dans le ventre du vivant -que dans le paysage frigide livide, fusent avides des lèvres de corail. -que dans cet attirail s’enfante la pensée subconsciente et que nos vieux concepts s’affranchissent à des fêtes révélatrices -qu’à la chose inerte une âme est découverte -que les amants enlacés s’envolent sans peser par une passe cabalistique Lui – se jouant de la gravitation et de la Statique franchit cette porte secrète née de son imagination sans cloison, ni raison … Le Poète.
Poème 20
Soudainement délesté des pratiques ordinaires J’entre en Lumière … Cette clef en forme de songe … Ce sentier privilégiaire … Cette porte secrète Vidant ma silhouette Ouvrent, imaginaires … Mon jardin délectable. N’ est-ce pas le propre de la matière grise Qui exulte De projeter effigiquement sur le champ occulte Les fictions qu’elle allégorise ? S’il m’est réserve échappatoire C’est bien ce laboratoire de forces vitales Dont les mobiles, à peine je m’installe Profèrent, en rites ondulatoires Les lignes magistrales. Il me plait qu’au Zénith, en pérennité L’Astre demeure attaché Qu’une Chaîne d’horizons bleus Inénarrables Ne rendent inviolable Mon jardin hermétique Que par le merveilleux Adjuvant des pollens cosmiques. Que mon jardin spirituel De Silence et magnificence Bruisse de pensées végétales Et de fleurs abstraites Par moi seul faites Offrant l’intimité De leur sens doré. Que ma scène de verdure S’irradie en moirures Comme je crains d’oublier Cette blonde fugacité. Ainsi –je fabrique – je magique Inversant les conventions et les archétypes Maître Sérénissime J’anticipe et je participe Et … quand le monde est moche Pardonnez-moi, je repars Vers mon jardin de poche … Mon jardin de Nulle Part ….
Poème 21
Désirs Baiser ! Acte plus pur que le reste. Tandis que la vue, par ses orifices Assure le carburant, au feu Des possessions tactiles. Présences multipares des désirs ! A croire qu’ils sont trop Trop – (comme le métro ) Aux heures d’affluence – Mettant en jeu notre coffrage. Désirs pubères, non-connaissants des voies Désirs aux pulsations violettes D’ordre physique avec des intentions, oublieux de tout ce qui n’est pas eux Désirs ayant peur de s’entendre, en adhérences vagues, ou à la recherche de la lampe, infiniment…. … Qui tendez trop grandes les corbeilles – qui oscillez des fraîcheurs blondes aux brunes caloriques. Faut-il croire aux horizons absents ? Se tourmenter avec les poings sous le menton ? Est-ce sagesse d’étrangler le jet de bile ou d’irriguer le champ de la moisson certaine ? ….
Poème 22
Flou Mon fardeau –celui qu’il faut Porter –malaise plein la vie, Est-ce qu’elle vaut D’être suivie ? … Cependant mon chemin Reflète l’août de satin. Une heure tiède approuve L’homme qui ne pense pas Et l’enfance qui trouve Sa joie –jusqu’à ce jardin las De s’endormir, aux ondes Musicales du monde … Poursuivrai-je sans voir clair Comptant les pieuses défaites Et les victoires sur la chair. Ardente –une route ainsi faite ? D’autres, gaiement, vont au tombeau. Je te laisserai bien – Fardeau !
Poème 23
Je réclame deux âmes Dont celle d’une femme Mais, à qui s’adresser ? La mienne en a assez De ses excès Je me l’étais clouée sur la peau Comme un oripeau Comme un drapeau. Je les voudrais neuves A toute épreuve Et les fabriquerais Telles que tu sais. Tyranniques maîtresses Aux caresses Qui usent Est-ce là, ce qu’on appelle les Muses ? A l’Ecole utopique Des réalités absentes Qu’elles instrumentent Mes rêves magnifiques S’imprègnent De ce sperme inconnu Et atteignent Plus haut que je n’ai pu. Drôle besoin de mon être De renaître Toujours -C’est bien écrire Pour ne rien dire …. Je le crois donc si beau Mon tableau ?
Poème 24
Vous qui placez en or Vous qui placez, en or, des disques Opaques à la vue – tout riche métal – Mes sœurs odalisques, Ne faites plus mal. Une totalité me translate Vers l’extrémité. Mon essai se dilate Au terme infréquenté La fontanelle m’est donc refermée Sur les interdictions ? La magicienne Médée Est vide d’incantations ! Il y a bien –sans molécules- Loin des pas trop couverts, A l’usage des funambules, Un diaphragme ouvert Sur ce que l’on soupçonne Loin, ou frisant des yeux Dont le champ conditionne Un avis frauduleux, (tel moustique atomique, pressé sous le verre grossissant offre l’état véridique de tripailles et de sang).
Poème 25
Parfums Brumes rampantes de la veille… Nativité des Orients … Lumineuse ombre qui sommeille … Souffle noueux par les serments. Corolles dont la chair expire … Vagues mourantes dans l’embrun … Haleines impossibles à dire … Suave ozone des parfums. Un baiser à ta lèvre peinte Devient cocarde en tes cheveux … L’âme d’une larme qui suinte Ajoute au cristal de tes yeux … C’est ainsi que te respire Tandis que mes anges déments Retrouvent à ta gorge de cire La souvenance des encens. Saches, qu’au-delà de tout, j’aime Ces imaginaires senteurs Qui forment – chaste diadème Le halo vermeil de ton cœur ! …
Poème 26
Océanide As-tu vu, en Bretagne, Guetter le cormoran Sur ton boulet de bagne Fait d’un rocher glissant ? Songeurs impénétrables, Ainsi nous espérons Une gloire improbable Lui, le maigre poisson …Et vu le goéland D’une telle envergure ? De suivre son élan Cela nous transfigure Mais, nous apercevons Que nos soudaines ailes Ne sont que des moignons ! Ah ! glaise qui nous scelle … Les pépites d’argent Portent une goélette. Allégoriquement La plus belle mouette Nous consolera bien ? Elle fuit, féminine, Le désir de nos mains Et nos pensées marines.
Poème 27
J’écrivais… …Automne – morte raison Rousse en vert – femme fatale. Au théâtre des saisons Annonceuse d’Hivernales… J’écrivais… …Danse illogique de mille moustiques… J’écrivais… …Tout notre sang tué circule dans nos blés ! Tu es passée et j’ai écrit Parfums …
Poème 28
Temple désert … Ma solitude Concert des silences peureux O baume des béatitudes Mollissant nos sens fiévreux Dans tes absences apparentes, Mystérieuses … On sent frôler La vie des morts … Ames parentes Douloureuse de s’exprimer Illusion définitive D’un vol en l’espace arrêté La nature suspend, craintive, Le flot des sèves de clarté … Là, une voix impérieuse Domine le sommeil des bruits Celle de l’Etre aimé, rieuse, S’approche, éclate et s’enfuit… Enveloppante solitude Calmes volumes conjurés Loi du souffrir –inhabitude Appel des cœurs – désespéré !
Poème 29
Désirs Sur le nuage idéal Ou le plancher de boue Au centre d’or du festival Ou de la tourbe jalouse Sans cesser de s’accomplir Le quart d’une seconde – ni le millième, T’assaillent les désirs … Mon vertébré suprême ! S’il te rentre jusqu’au cerveau, Par le jeu des narines, Un dédoublé jumeau, En ton être serpentine. Ils font flèche de toutes les profusions Harmoniques – voire équivoques Pourvoyeuses aux démons, De marchés réciproques. Si l’appétit, à la courbe extensive, Ordonne l’horaire aux papilles, Les lèvres sensitives Vers les désirs s’éparpillent. Morphinisme ! Obsession de regagner Les sphères de la drogue, Et du premier baiser L’extase mystagogue !
Poème 30
Mon inconnu Accueillait la rose et le mendiant, qui bordent toute route Il croyait aux idéations aseptisantes comme des rayons valables Et allait sans torture, vers le destin de la fourmi supérieure Ignoré par la fourmi. En cette quiétude excédante, mon inconnu solfiait les notes gaies, des gammes improbables Douloureuses dans ses bacilles, portant contagion, Une forme attendait le choix de sa transmission. La voleuse de liberté, se réservait la jouissance d’un baiser laissant cicatrice de propriété. Oh ! accolade fanée, scellant les désintéressements à partir d’elle. Qui fera un aliment de joies négatives et inversera le Verbe. Comme tu l’as ressentie ! Mon inconnu.
Poème 31
Cauchemar Ces draps plombés retiennent la sueur comme un couvercle sur ma fièvre … Paralytique – sans larynx – coagulé Je veux me sauver des formes ennemies - des longs tibias du Temps … du baiser gercé de la laideur … d’une pluie de soufre. Il y avait une porte là ? … L’esprit passe - Alors tout cela était son baiser au bel étranger ? ma cervelle roule Je repousse les assauts noueux du serpent Juge ? Victime ? Je suis celui qui sait. Je suis séant dans ma volonté. Il y eut alors des gestes de force immobile - D’ouverture de narines - Des points noirs dans tes yeux- Je serrai le bras d’une poupée au regard de porcelaine Elle – dormait comme l’Art Eternel.
Poème 32
Factice L’espoir du matin Faisant la balayure Tardive d’un destin De fausse dorure. Factice L’addition de la reddition Soi plus soi – continuelle Jusqu’à dépossession, Impossible gabelle. Factice Aussi la détente Couveuse de pires sursauts Des haleines divergentes Vous sortent des naseaux. Factice Les luminescences du diorama Qui s’étale, d’une tranche vitale. Du banco que l’on joua Aux fêtes saturnales Avec, en main, la Dame de cœur Et le jeu séducteur, Sans faire sauter la banque. Les amours en gerbes Ne sont que folles herbes dont les fleurs manquent. Factice Le tout et le rien Le mal – le bien ? Le commentaire Le mot à taire Puisque pour refaire les pas inouïs On dirait – OUI.
Poème 33
Personnages Restés amis secrets – camarades créés Qu’enregistre – éphémère Ma chambre de Daguerre. Mouvez vos pas feutrés Je vis parmi les vôtres Allez ! les temps sont vermoulus Je vous ai voulus Pour mon circuit entre les autres. Mes christ ! Votre passion dure encore ? Vos lamelles saignantes N’ont pas repu les meutes aboyantes ? Des douleurs sont passées dans mon corps Tendant le cou à briser l’occiput Sans vaincre Belzébuth. Lazare le Saint – d’avoir fait connaissance Avec la mort deux fois et la double naissance, Déplie tes os. Peintre – libre de la charpente Que je saute les routes impatientes Où l’art ancien s’enclôt ! Que le support de chanvre reçoive mon poète Et du désespéré la dernière quête ! Qu’aussi cet animal humain De sa bassesse abdique – Elève une supplique En forme de ses mains ! Amis vous avez mes âmes Je vis de leurs arrachements N’est-ce pas ordre infâme D’enfanter le châtiment.
Poème 34
… Indéchiffrable mal d’être au bout de soi-même Et de réaliser, dans l’indigence extrême Ses rêves calcinés, épandus dans le vent, Laissant le vide noir en un cœur décevant ! A ce terme fatal – rançon expiatoire. L’INSPIRATRICE jaillit ! pailletée de gloire La rampe instantanée projette ses décors La souple Déesse, aux grâces de son corps Revoit fleurir d’éternelles odes Emerveille Le Penseur lassé ! Poète, travaille…Et veille….
Poème 35
Je peins avec des mots La martre défaillante N’endigue plus le flot Des visions pressantes … Au sensible, oublieux Je modèle sans hâte Du verbe capiteux Les inusables pâtes … Encore insatisfait Epris d’inexprimable J’envie le chant qui naît D’un buisson innombrable !
Poème 36
Composition Œuvre incommensurable Telle est la Création Au peintre désirable L’outremer Accompagne Le vert des près Des montagnes Aux tons diaprés… Dieu – dans son immense toile Réserva une place nette A l’homme et à la femme sans voile… Source infinie ! Laisse tomber sur ma palette Un atome de Ton Génie !
Poème 37
Plaisirs que j’ai hélés, procédant de la cendre – Minime gloire aussi, s’opposant à descendre Votre cortège gai, qui déroule au chemin M’abandonna la peine, aux mains de parchemin… Patient, j’ai usé une vie étrangère Aux rappels prometteurs d’idoles mensongères, N’ouvrant que sur le Beau les portes de ma tour Et les tons composés suivant l’effet du jour … Ni des ors trébuchants, la féerie multiple Se refléta perfide, en l’œil froid du disciple. Ni le chant de ces mets, finement ciselés, Mouillèrent tellement mon palais peu tenté. De ce lot inégal, j’aimais la suffisance Compensée dans mon cœur captant la résonance De subtils battements … aux courants inducteurs… Qui mouraient tous en lui … venant d’un autre cœur…
Poème 38
Rosseries publicitaires Son ciel bleu frais repeint Vernissé – est sur la grange Horizontale – où se range Une charrette, haute en foin. Quant il se désintéresse, Au son d’ocres violons, De ta toilette – Déesse Cérès – de jeunes garçons, Là, avec les campagnardes Vont, à l’épaule gaillarde Un râteau C’est Oudot …. Cet Autre a sur sa palette Neiges et boues grises qu’il jette A son seul chemin – le vent Lacère le plus souvent Quelque affiche jaune ou rouge Telle cette pompe bouge Au fond zinc C’est Wlaminck …. Femme ! Voilà comme il t’aime ! Tes seins ne sont pas si haut ? Ni verte ta claire peau ? Mais cela se vend quand même. Qu’aurait-il fait – Oh Créateur Sans Toi – Pur dessinateur – Pour l’hymen Van Dongen ? …. Celui qui d’un trait agile Fit le lapin de ce nom Peint d’une main puérile Paris et ses environs. C’est à l’huile qui pratique Par une aversion publique D’être à l’eau Utrillo … Je veux négliger la rime A Kisling – Friez Otton Trêve du rêve qui brime Et veut profaner les tons D’artifices De Matisse … Les défis De Dufy …. J’ai peur de l’Académie ! Alors –oubliez – Chers Maîtres Le fiel que j’ai pu mettre Pour déguiser mon envie ! ….
Poème 39
Enveloppe de chair sensible aux trahisons … Asile combattu que la pensée déserte … mon apparence vit … mon cœur est sans raison … Vouloir ! Vouloir ! Pouvoir quand la foi est inerte … Image en fuite de l’Esprit, s’asservissant Aux Néants inféconds ! …. La toile est toujours vierge. …. O secourable Muse ! …. Est-ce toi que j’attends ? Sur mon appel , viens ! … Dénude tes contours … … Dans la douceur du jour placé ton ombre altière … … Immobile, pose, à l’estrade de velours … Fidèle amant, je veux, d’une ferveur entière Traduire, passionné, l’albâtre de ton chant. Je veux à travers Toi, glorifier la Femme … Objet mystérieux des penchants renaissants … Prétentieuse ardeur – j’espère fixer la flamme Où se jouent en tes yeux nos élans créateurs – Avec le désespoir des folles entreprises ! … Et quand seront gravis les Monts consolateurs, … Serre-moi sur ton cœur, par mon amour, Conquise !
Poème 40
Reconnaissance au Poète Triste Destin et enviable – il t’a marqué De son virus pour en mourir … tes stigmates, Poète, sont celles de notre humanité, Transfuse en toi, versant ses larmes écarlates … J’éprouve en ton pouvoir – miraculeux médium – Les affres de la tension vers une Idéale Pensée – Mon âme, comme la fumée d’opium, Abandonne le corps à sa vie cruciale … J’atteins – fluide esprit – avec l’Apôtre Jean De l’Apocalypse, aux plus surnaturelles Névroses – mais ces envols, malgré leur élan Perforateur de cieux, sont courts comme étincelles … Poète d’avant nous – tes fils respireront Ton âme vagabonde – ils videront les calices Non repoussés des froides sueurs et vivront De tes multiples morts … Eternels prémices ! …
Poème 41
Qu’est-ce que j’ai ? A pressentir cette foule Qui (vers son vide) à jamais S’écoule … Ambre et nicotine, Au creux du parfum microbien De ce long ruban parisien, Parmi ces jambes, mes jambes dodelinent. J’ai saisi l’implacable destin Des fortunes individuelles Pour aucune autre fin. Mâles ou Femelles (pris au sens exhaustif) – je suis un dans la troupe je me crois l’intensif du groupe. … de ceux qui ont martel en tête, ou rien du tout – ou bien l’amour après longue diète. De ceux qui n’ont plus qu’un jour, Qui ont un couteau dans le cœur Sans vouloir l’extraire. Qui sont les donneurs, A la veine mammaire. De ceux qui se sont battu sans toucher leur pécule S’étant donnés inclus Pour guérir la fistule Du monde, et, reprennent le processus. Aussi du savant distrait, qui repasse deux fois. Nous dormons quand il veille, Ca lui donne double droit. Le simple, lui, porte sa bêtise Au seuil du paradis TOUS – à je ne sais quel bout – Avec sève ou rhumatisme – mouches dans les rétines. Avec maladie qui mange tout. Qu’ils prennent tisane ou héroïne, Qu’ils se fichent de leur mécanique, De l’ordre de leurs cheveux En cette lutte olympique Même si le vent souffle sur eux Avec sa corne d’abondance. Alléluia … de profondis Oui ou non gâteux Extra-purs ou véreux. Ils passeront sur la balance.
Poème 42
La cohorte des croix S’avance en gémissant – très lourdes pour les grands Petites pour les enfants Mais grandissant avec leur taille … Après la bataille Les croix de bois – les croix dorées En forêts levées Sur le vaincu sans nombre Répandront de l’ombre Si, vivant, il croit A la Croix …
Poème 43
Faites, Notre Seigneur Que le troupeau dont la maigreur Hante les crèches malsaines ; Nourrisse mieux sa laine …. Entendez aussi, bêlants, La foule de vos enfants ! Nous avons trop couru les rocailles Au cri de nos entrailles ! Nous avons râpé nos fanons Entre les orties et les joncs Pour trouver dans la plaine Le lactaire de la haine ! Conduisez-nous bon Pasteur, Vers les grasses hauteurs, Où croisent l’anis, la verveine, Carminatifs de nos veines. Où l’infini printemps Sans limite de temps Par ses joies, féconde. Où l’amour ne soit pas immonde. Où chantent les pipeaux Des gais pastoureaux. Où pour l’agnelle Déborde la mamelle. Où souffle enfin l’ESPRIT Paissez vos brebis ! …
Poème 44
Tu n’achèveras pas ton rire Tu n’auras pas dit, demain Tu n’auras pas tissé la toile De tes projets. En cet avenir certain A peine prenais-tu position Que résonne le pas du moissonneur Pour tomber ta moisson, avec les autres Epis, peut-être vides ou pas encore mûrs, Pour donner du travail aux meules Inexplicables, Graissées par les sueurs dernières De la matière broyée. Il faut que ton âme prêtée, au terme de la treille, Accepte le pressoir Sous les pieds des vignerons funèbres Avant que ce soit leur tour. Qu’elle se résigne généreusement A cette chose anonyme, A la séparation de la pulpe Du total du vin nouveau De tes bonnes actions. Dieu, que cette liqueur vous agréée ! A son fils Gonzagues
Poème 45
Nocturne Sur le noir du clavier Dépose le nocturne, Verse la suite de l’urne Pour vous livrer, Aveugles aux yeux ouverts Sans notion De nos proportions, A tes concerts … Nuit hagarde, que tes flancs sont lourds De pressentiments Des marteaux sourds Annoncent les dénouements … D’où vient la peine que j’ai pour le voyageur solitaire, dans une chambre anonyme de l’hôtel sans confort , un lit de fer, un bassin centenaire le carrelage rouge peint. Pour les sans étoile Ni draps de toile. Et la femme éperdue De s’être débattue. Sur les bords de la Seine – des canaux Contre les œillades paresseuses Guérisseuses De tous maux … Nuit défaite – coléreuse – Il faut que tu tombes Comme les bombes Sur notre gueuse Sur le ciel est l’Enfer Les dards de Lucifer … Briseront l’arbre et l’homme dessous … Le cierge exorciste, sur la table de marbre a prié pour nous. Nuit réparée, Terreurs oubliées, Les présences se fondent Fécondent En des besoins d’éternité. Ma jalousie dérobe Tes rêves échappés. Mais demain, lorsque le coq sciera l’aube Je serai seul Seul.
Poème 46
«Les vierges folles – hors d’ici » Les vierges folles sont sans abri. C’est écrit – il faut – il faut qu’elles aillent A leurs funestes épousailles ! Elles traînent l’agitation de leur drame et la mascarade De leur pléiade … J’entends que le stupide exhibe ma couronne d’orgueil et la pourpre des rois qu’il ne complaise sur le seuil de son Moi ! … Je pigmenterai les tempes Du Jaloux et Toi l’Avarice Crochue ? J’élèverai la lampe Sur des messes adulatrices … Sous mon aiguillon Le bovin paisible foncera Comme un taureau banderillé, dans la vision De la rouge muleta … il tuera. J’ai les sucres et les viandes Aux fumantes tendresses Pour ses lèvres gourmandes Du cristal plein d’ivresse …. Paresseuses, à l’abri de l’effort Je livrerai l’impure, Complice du corps Pour d’autres aventures ! … L’une des folles a frappé L’Homme a répondu « Entre » ! Elles lui ont pris le cerveau, les yeux, le nez, La rate, le cœur, l’estomac, le foie, le ventre.
Poème 47
Paysage Cascade par le feu Côte d’Azur trop bleue Chants assoupis des feuilles Verts miroirs qui accueillent Les baisers ruisselants De l’astre triomphant. Tuiles rousses qui scintillent Dans tous les ors grésillent Nous livrant l’intuition Du pointillisme des tons. Alouettes grisées En lui, toutes absorbées. Bronze des corps… tendus A son empreinte … nus Et dont le sable tresse Les ombres pécheresses … Quand un cri sans pareil Magnifie le soleil …
Poème 48
De toutes parts … Monde colossal, beau ou immonde. Sueur de l’Astre. Contre-mi de la Cigale et Son amour physique avec la treille – mère annuelle. Océan aux yeux changeants Suivant les écailles De trop de poissons ! Etangs pour la coquetterie des lunes ! Odeur poissée des goudrons sur les cordages. Frissons des hautes altitudes. Réserves des virginités. Lumières des villes. Paris ! Fondation perpétuelle de la Poésie. Eponge, être cependant vivant, aux antipodes Psychologiques de la Tension humaine. Désirs. Tourbillons idéologiques. Berceuse sur un berceau …
Poème 49
Pourquoi Se vider les entrailles ? Le cygne glisse sur l’oubli. Pourquoi des volutes de broussailles Dégager les abstractions moites ? Demain la fumée montera droite. Pourquoi dilapider la nuit Fermée sur l’amour et le délit ? Porter l’espoir à la boutonnière Ou le manteau d’ignominie S’attacher à la crinière D’une utopie ? Rêver d’une manne profane Ah ! D’une mission ! Rien que dompter la forme ! Croire à la réforme Et donner au plaisir du lion Ce pantelant d’allure vaine Aux gestes inquiétants De gloire ou de déveine ? Halte ! Mon homme ! Mon gisant.
Poème 50
Des yeux … Ces deux coups de pinceau, à la lumière de l’âme, Ne sont-ils pas les derniers périssables ? Les yeux ont un éclat constant , jusqu’au volets clos Par une main parente. Mon poème est pour eux. J’ai vu dans vos yeux bleus Nos dimanches d’été, penchés sur des rivières Et toutes les semaines en se passant des cieux. O réseau de faïence, arrêtant le mystère Des vouloirs qui s’attendent aux gestes de blondeur ! Vous avez répandu dans mon paysage Les diamants d’azur –ignorant leur valeur Il n’est pas de miroir pour l’oiseau de passage. J’ai vu dans mes yeux verts Des lambeaux de remous et d’algues retenus Dont le destin joignait aux rivages déserts. Si le bateau vogue en la bouteille ingénue Mon iris, atavique aux océans du Nord, Conservera sur l’écran neigeux, ses lagunes Légendaires et les filets profonds des ses fjords. La glace m’a trahi la couleur des rancunes. J’ai vu dans ton œil noir le sable chaud d’une corrida folle taché de sang, d’œillets et de mouchoirs et les jurons des belles espagnoles ! Ah regard ! où l’acier du torero Multipliera les soleils dans le prisme A moins que ne consume amoroso Les essences brunes du magnétisme.
Poème 51
Le printemps alors agita les sèves Un peu plus fort, Déshibernant les troubles sensuels Une dernière seconde, elle eut la notion D’approximatives contingences D’une maîtrise sortant d’elle Du vide de son contrôle … Brusquement ! abandonnant à son lit L’empreinte chaude de son corps Elle s’élança , nue, à travers la campagne. La pluie tombait diagonale, Massant sa chair, Et sa gorge de vingt ans, Provocant la Nature. Un instant, cette cinglante sensation Faillit rassembler sa raison. Souple faunesse, allégée des conventions, La chevelure ruisselante, Elle courut à travers la lande, Entre les amandiers, Parmi ses sœurs , les herbes folles, Sourde aux raisons de la ronce. Sa présence réinventait la Nature Surprise devant l’Eve Libérée. A bout de course éperdue Elle aventura sous la forêt Son immense solitude Et volant d’une pointe à l’autre Jusqu’à la plus haute roche Sans peser Haletante de sa jeune poitrine Grisée, les yeux perdus, Mon IMAGINATION En un grand geste de bras étendus, Se jeta dans le torrent !
Poème 52
Je ne ferai pas le coup du Songe Ou jusqu’au réveil Un Monde surgit, Idéal Ou les amis s’enlacent Sans se voler leurs femmes Ou la goualante est aphone Et l’Art intelligible. Comme chacun j’ai eu des ailes Je me suis senti une âme d’aigle D’avoir vu Blériot et Latham Prendre l’air Sur leurs avions en fils de fer Ne plus peser, quelle aubaine Pour un poète. Dans le zoo du rêve « Entrée libre » La licorne et Pégase sont parqués La Chimère était en cage Ils l’ont assassinée « Défense de toucher » Il est dangereux de demander du feu Au Dragon. Le rêve est prestidigitateur Il escamote portes et fenêtres « Embrassez celle que vous voudrez » Alerte ! l’Esprit va détaler Le corps grogne et remue la patte, Il a fini sa journée.
Poème 53
L’Automne prédispose aux notions essentielles Son climat nostalgique, aux Testaments mystiques. Automne qui m’est donnée ! Ma raison se cherche encore en ses complexités. Quelles déductions tirer de tant d’inextricable ? Ayant usé la volonté de mes yeux Je n’ai pas cédé aux tentations Des déclarations solennelles ; Car nous saisissons à peine l’énoncé Et la carence de nos abstractions. On a fabriqué des axiomes Qui sont des viatiques Pour moustiques. Aucun n’a pu dire l’Alpha et l’Oméga De notre insolente biologie, chimiquement perpétuelle, Ni le grandiose devenir De l’animal et de l’anima Combien de temps les générations, Refaisant leurs calculs, Scruteront-elle les éléments En attente de la Révélation. Et jusque dans le détail Le logicien surpris du jeu des forces créatrices Verra voisiner l’inégalable beauté Et la plante hideuse, Tandis que l’aoûta trombidion, inquiet de sexualité Assure sa descendance … Ces exemples appellent notre Sagesse. En attendant le libre arbitre de la Pensée majoritaire Nous avons endossé le vêtement de confection Qui sied aux enfants privilégiés Et les Mondes en six jours furent créés … Avec, sur le nôtre, Adam et Eve Moins vêtus que Minerve On a ensuite appris que le coelacanthe Figurait au sommet de l’arbre généalogique Depuis cinq millions de siècles. La science déroute le miracle Un feu follet, phosphure d’hydrogène Avant elle, évoquait les Esprits Ses découvertes nous fusent vers les planètes Elle modifie les Etres au nom de la Parthénogenèse. Je ne puis répudier mes images naïves Non plus que mes poèmes de communiant Ce passé n’est plus mien Je me retrouve à regarder ces œuvres Sorties désincarnées du plâtre de mes mains. Sous le knout des années S’amplifie le souci du « pourquoi ? » Et du terme plus proche Une aspiration innée vers la jeunesse Nous fait un besoin d’Eternité, En compagnie des aimés. Contre la bonne souffrance, chère sublimation, La Religion, les religions, nous offrent Le contraire de nos maux Et de rejoindre, flamme vacillante, Le Foyer ardent de l’essence Suprême, Le trou n’est plus fermé sur l’espérance L’Orient des paraboles s’est fait irrésistible. Mais le Doute, pauvre loque, t’envahit Accru par l’Expérimentale Accepte alors le dilemme Et se joue sur les deux vies. Ne renonce pas aux ardeurs qui te portent Puisque, sans l’avoir voulu, tu es des nôtres Déblayons ensemble la route Qu’au dessus d’elles un arc fulgurant porte « Responsabilité » … … Car cela il faut que je l’écrive, Au nom de l’Art temporel A nom des peuples qui ne m’ont pas mandaté Au nom de ceux qui sont sur terre sans avoir Eté consultés, et qui auraient dit : « NON » De ceux qui vont naître Et subir, pour notre instant du jouir Ce qu’on appelle « la vie… ! ».
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