Recueil
Poèmes
Une traversée poétique entre musique, rêve, doute, amour, matière et invisible.
Poème 1
La Poésie et Musique vraie –
Notre cœur exhalé – n’en sépare plus les sources,
Aussitôt que s’émanent
Les essences mordorées
- rougeoyantes parfois –
De son creuset volontaire.
La Sépulcre chante sur sa dépouille,
L’Analyse abdique (jadis partisane)
La Syntaxe et le Verbe se sont émancipés –
Gloire à l’Ordonnance impondérable !
Maintenant Poésie !
La Magie emplit tes impeccables seins,
Nue ou parée de surprise
Tu mènes aux influx de ta baguette.
- Les archets peuvent glisser obliques
Sur l’âme attentive des violons,
Libérant les plaintes longues
Ou le sarcasme.
- Les doigts faire ruisseler sur l’ivoire,
Des étincelles
Et la muse pincer de la harpe
Les notes aériennes
Comme un lâcher d’anges…
- Les hautbois peuvent garder en musique
Leurs jouets de petits moutons
(si le piétin n’en brise la mesure)
Aussi, la clarinette, ses brumes de Novembre,
- La flûte affrioler les Faunesses
… Les corps ! c’est la curée
Sous la forêt stoïque
… La meute … La foule affamée de tripaille chaude
Sortie des œuvres du poignard.
…
Oui … La Phrase poétique
Noble Dame, persifleuse ZIZIE
Gueuse – s’il convient –
Première Etoile – ballerine – trapéziste
A jamais élastique
Eblouie dans l’instant hystérique
Retombe – frappée à mort –
Eternellement vivante !
Poème 2
Prière à personne - (ballade)
Prière à personne !
Chanson vagabonde
Plainte des méconnus
Dans le tohu-bohu …
Prière à personne !
Image bouffonne
De tous les dévêtus
Tu tu turlututu …
Prière à personne !
Ni Dieu, ni Madone
Pas besoin d’Absolu
Pour les deux fois vaincus ….
Prière à personne
Qui s’illusionne
Ils ont été tendus
Ils ont été tondus …
Prière à personne !
Souvent qui pardonne
Que tous les malvenus
Soient un jour refondus …
Refrain.
Prière à personne !
Comme tu résonnes
En nos cœurs éperdus
Pauvre refrain perdu ! …
Poème 3
Non ….
- aux fourches inventées bonnes à souiller la chair
- aux scies puantes du caïman
- aux spectres phosphorés qui me font les cornes
- aux faméliques chèvres joueuses de flûtes épileptiques
- d’être coupé – nu – par la bise glaciale
emplie de noircissure
Non – à la lèvre factice sous le rouge qui tient
- aux mamelles fripées insolemment
- à l’INESPOIR … NON
OUI …
- à quarante degrés, près des mers corailleuses
sous l’ultra violet, les palmes balancées
entendre – un peu loin – deux guitares concertantes
et se gorger de liqueur de cannes.
- au hamam an assister aux ébats
des Suzannes.
- s’habiller de fleurs exaltantes
- à l’instant suspendu à la cime de joie
rythmer – poète – sans rimer
écrire sans diffuser.
- pénétrer les Mystères et tordre le cou au DOUTE
lumineusement ou vivre en imbécillité.
- posséder sans richesse
AVOIR AUSSI AIME
Poème 4
Un aquarium, un songe …
… Et la branche, devint vivante
Comme dans un tableau surréel,
Ouvrant sa main adragante
Pour saisir un cœur charnel –
Tel qu’il saigne à l’étal des boucheries
Et aux musées d’anatomie.
De ce muscle paradoxal
Un essaim de poissonnaille
Paradisiaque, attendait sa ripaille
Des larmes de cristal.
Bien que ce cœur fut mien,
Cela n’était pas triste,
Je n’avais de dessein
Qu’analytique …
Toute flore actinale, alors se mua
Magiquement, en viscères pulsées
Et l’onde s’anima
De fluorines irisées.
En fin de combustion
De cette chair mièvre
Et sortant d’un buisson
D’ardentes lèvres
J’entendis
Le cœur est consommable
En tant qu’aliment substantiel
Il vêt la forme innombrable
Aussi du désistement pluriel
Toute chair est disponible
Pour terre ou poissons
Tout esprit est coercible
De l’absolue vision
Poème 5
O mon Arbre congénital
Hâtif – bien trop – d’éclater ses bourgeons
Qui feront des fleurs ouvertes, en regards
Impatients du destin des fruits.
O mon Arbre sentimental
Voué aux initiales des serments
Et dont les flèches suturées
Décompteront l’inexorable calendrier.
O mon Arbre viscéral
Obligé de la sève globulaire
Et du PH humoral
Admirable pompe.
O mon Arbre paradoxal
Inquiet de nouvelles torsions
Et de mains – « au- delà » !
Pleines d’irréalités spatiales !
Est-ce que tu tomberas en gibet resigné
Sous la cognée prévue ? pour faire quelques planches .
Est-ce que sous les neiges respectées, s’usera ta
Dernière goutte vitale ?
Colonne creuse devenue – âme de violoncelle offerte aux
Complaintes du vent – Atteindras-tu la nourriture de
L’humus, dans la Forêt humaine ?
Poème 6
Nous – papillons contre la vitre –
Volons obstinément – Seigneur ! …
Ne sommes-nous pas les meilleurs,
Ceux dont l’espoir ne récalcitre …
Nous voulons ce geste de Toi
Qui, dans l’espace nous elance
Irradiés – hauts sur les toits
Du monde et de ses contingences ….
Ah ! que l’élan de nos moteurs
-cœurs arrêtés par la vitesse-
nous conduise de ces noirceurs
à Tes Idéales Promesses.
Pour disparaître consumés,
D’avoir atteint une folie,
Par tant de voiles soulevées.
- l’amour du Beau nous supplicie !
Poème 7
Karma
Si, forçant la nullité noire,
Que polit le grillon abrasif,
Je tente l’interrogatoire
D’un monde coactif ;
Bizarrement … Je transfère
Le moi habituel
Hors de sa tare mensongère
Des présences inéluctables,
Dépouillent mon pôle banal
Et le rendent habilitable
A l’élément astral.
L’imprenable meilleur
A peine soupçonné sur terre,
Oublieux du gloseur
Ici, limite le tonnerre.
En sorte que l’aboutissement extatique
Voisine, dans une immensité,
Avec la sanction tellurique
Et l’acte de bonté.
Je me sens mesurer horizontalement
Les nappes disponibles
De pressentiments
Inextinguibles.
Comment compter, en bulles mordorées
Les désirs, qui vont naître
Et dont les corps sont prêts ?
Me voilà de reconnaître
Les formes adulées
Sans besoin d’ailes, pour planer.
Il y en a d’inassouvies,
Qui demandent deux vies.
Et celui-là – inaccompli – devra choisir entre la peau
D’une bête
Ou d’un poète
Ou la peine des pinceaux.
… Qu’était la notion de distance ?
J’atteins l’air plus volatil
Et de pures essences
Chantent au sens puéril.
O présence interconfondues
Qui –supérieurement- reformez les nues
Excusez, dans votre profusion
De lointains pucerons….
Vous les voyez, sans fatigue,
Sur la balle quittée, revenez à eux
Avec les solutions prodigues
A leurs cerveaux vaseux.
Poème 8
Je le jetterai sur le pavé
Avec des ricochets sarcastiques
Cet os décharné de son luxe,
Qu’il rejoigne des autres haillons
Les vaines illusions,
Les âmes dédorées –
Puisque les Musées sont les poubelles
Pour crevés inconnus.
-Mon travail !
(trop souvent sous l’étoile)
S’il n’intéresse personne
Que les Marchands du Temple,
Ou ne sait que glaner
Les compliments d’adorables bouches
Excitantes
Je te ferai secret.
Miroir, embu de mon haleine
-reflète encore les plaies câlines
De mes épines.
Poème 9
Ma banqueroute
N’est pas frauduleuse
J’ai fait fausse route
A l’Actif de mon bilan
Messieurs les syndics
J’ai cette créance sur la Société
Qui s’en fiche
De mon labeur occulte.
L’Art pour moi, c’était un Culte !
Je le priais partout
Les jours était trop courts
J’ai bien payé la facture
De ma folie.
Au Passif, on peut porter
-outre les jouissances de mon âme –
Le profit de mes illusions
Faible addition.
C’était inéluctable
L’Art est lui même failli
Aux termes de la loi d’Esthétique.
Pour moi, c’est trop tard
J’ai l’habitude de cette galère.
Poème 10
N’attendez plus de moi
Des paroles mièvres
-Elles ne m’ont rien fait-
mais j’ai pris en grippe
ces flasques amoureuses.
Au centre de mon âme
J’ai détecté l’ulcère
-j’écrase la fleur innocente
sans la voir
et remercie la ronce.
J’ai pourtant été élevé
Dans les Sacrements
On m’avait paré pour l’Offrande
Comme le bouc enrubanné
Pour la lenteur du Sacrifice.
Mais la gageure
N’a pas tenu ses promesses,
Des mots eunuques
Gardent la poésie,
L’Art est lymphatique.
Il ne reste de joies saumâtres
Que dans l’intoxication
Des intensités intraductibles.
Ou la stoïcité du Silence !
Poème 11
L’animal n’a pas le souci de son âme
Et ses actes sont purs cruels ou charnels
Il ignore l’angoisse des finalités profondes
Je l’envie,
Installé dans sa race incessante
De souffrir sans destin
D’être chose vivante
Et présente sans plus.
Une voyance obscure,
En d’incontrôlables promesses,
Ternit les joies du castor supérieur
Sans valoriser ses peines.
En l’attente de preuves irréfutables
Il ne sait en quels dieux,
En quels Arts
En quel Amour
Par quels sacrifices
Acquérir une âme certaine.
Jusque là, le titubant
De Bonne volonté
Se griffera le visage
Regardera l’oiseau
Se rongera le foie
Regardera le ciel
Sans comprendre ….
Poème 12
Pourquoi l’homme doit-il ?
Puisque le poète
Regorge de rimes potentielles
Et de plumes chantantes.
Que l’orchidée fleurit encor
Aux parterres de l’Amour.
Puisque le peintre
Est maître des équilibres
Et du trait libertaire.
Que le sculpteur
-Pygmalion recommencé-
a le nu de la Femme.
Puisque la Musique
Vient à nous sur le vent
Hertzien.
Que les laboratoires
Ont vaincu le diable
En bouillon de culture.
Pourquoi l’homme doit-il
Ouvrir, à la baïonnette
Le ventre de son frère ? !
Poème 13
Toute forme sera écartelée
Sans conditions
Brisée, l’ex-Table souveraine !
-Rien n’est plus du calice volatil
fût-il bijou angélique
-Plus rien n’est
des membres chevelus d’un Globe insupportable
-bois jadis –repétri dans ses fibres.
-l’oiseau-Lyre, au poète est sans invite
et la Prêtresse même,
plus belle que parée,
lors de nos fêtes déraisonnables,
sera réinventée – en des Sabbats morbides.
L’artiste envoûté piétine ses dieux Lares
Il t’abhorre « ma beauté » !
Mais –si cette démence annonce enfin
l’aube psychique,
Que cela Soit !.
Poème 14
Absoluïté de l’instant musical,
En instance d’être…
L’air concernant groupe ses molécules attentives
Prêtes à porter le son ….
Et –quand la mesure libérera le mystère,
Le fluide conduira –plus fort que le mot –
L’âme secrète
Par les sentiers divers
Qu’ils soient purs et de pipeaux fleuris
A l’usage des promesses
Sur un avenir trop engagé.
Qu’ils défient, en leurs folies
La mort comme la vie
Qu’ils soient ceux qu’on n’ose dire
Mais dont la musique détient, en ses dissonances,
Les philtres universels.
Il n’est limite en ses registres
A partir du langage marin de la conque
- de l’adorable harmonie des Nymphes évaporées
voire des sanglots –
Jusqu’aux jeux grandioses de l’alizé
Non lassé par les orgues sylvestres,
Franchissant les arches monumentales
Tendues de firmament,
Pour le culte des astres.
Jusqu’au tambour de la foudre –s’il le faut -
Brisant les colonnes
Sur un monde temporaire
Stupéfié, avant l’apothéose !
Qu’enfin le son, glorieusement désentravé
S’étende en nappes azurées – brodées de chants d’oiseaux.
En pensant à Jules Emile Massenet
Poème 15
…Il y a le temps pour la chenille
de ramper son corps pileux
infirme et négatif…-
c’est le temps des options sélectives
parmi les savoureux lactaires,
en puissance de couleurs futures.
…au centre du continué,
j’ai retenu ma chrysalide –abstractive momie –
extrêmement …
jusqu’aux poussées internes
contre la paroi fibreuse…
…mais – quand j’ai senti fuseler ma carlingue,
axée d’ailes diploptères,
(qu’elles soient palettes éblouissantes
ou veloutées d’yeux gris)
m’arqueboutant alors dans mon vouloir de vaincre
la pesanteur, aux arches de lumière,
j’ai rompu le placenta !
que vienne le temps du papillon
Poème 16
On a tout écrit
tout peint –tout chanté
Les bleuets, les coquelicots
Qui font un drapeau
Le spleen, le vague à l’âme
Qui font les poètes
La mer
Sans savoir nager
Le ciel
Sans voler
L’amour
Sans aimer
On a rien écrit
Poème 17
Le frisson complice
Est consentant du soir :
-pour augurer des maléfices
des signes du miroir,
-pour faire la connaissance
des troublants compléments,
d’une insuffisance
installée dans le temps,
-pour tomber l’ignominie
du manteau personnel,
s’ inscrire à l’utopie
d’une autre communauté.
Dans ce besoin d’Irréel,
Le volant, est presque contenté.
Poème 18
« On fête la Pâques
…et on tue l’agneau ».
La signature sert à dire dans quel sens il faut accrocher la toile.
Vous connaissez tous cette plante dénommée « misère »
Se plaît dans les ateliers d’artistes.
… Où l’on vit … après le travail l’artiste dévorer son modèle … harengs et pommes …
J’ai léché ma plaie, comme une bête
J’ai léché la plaie que tu m’as faite.
Poème 19
Surréalité
…Alors … alors …
Prima le fabuleux
Notre sphère était en deux
Moitié pour le pain et moitié l’or
… Syndromes désarticulés
Symboles amputés
Aux formes inconditionnelles
Irrationnelles …
… Voici que sous l’œil en étoile
l’albatros ouvre sa voile
-qu’insolite à profusion
une roche transpire en perles du Japon
-que la branche infernale
en griffes terminales
étrangle l’arbre fécondant
dont les racines entrent
dans le ventre du vivant
-que dans le paysage frigide
livide, fusent avides
des lèvres de corail.
-que dans cet attirail
s’enfante
la pensée subconsciente
et que nos vieux concepts s’affranchissent
à des fêtes révélatrices
-qu’à la chose inerte
une âme est découverte
-que les amants enlacés
s’envolent sans peser
par une passe cabalistique
Lui – se jouant de la gravitation
et de la Statique
franchit cette porte secrète
née de son imagination
sans cloison, ni raison
… Le Poète.
Poème 20
Soudainement délesté des pratiques ordinaires
J’entre en Lumière
… Cette clef en forme de songe
… Ce sentier privilégiaire
… Cette porte secrète
Vidant ma silhouette
Ouvrent, imaginaires
… Mon jardin délectable.
N’ est-ce pas le propre de la matière grise
Qui exulte
De projeter effigiquement sur le champ occulte
Les fictions qu’elle allégorise ?
S’il m’est réserve échappatoire
C’est bien ce laboratoire de forces vitales
Dont les mobiles, à peine je m’installe
Profèrent, en rites ondulatoires
Les lignes magistrales.
Il me plait qu’au Zénith, en pérennité
L’Astre demeure attaché
Qu’une Chaîne d’horizons bleus
Inénarrables
Ne rendent inviolable
Mon jardin hermétique
Que par le merveilleux
Adjuvant des pollens cosmiques.
Que mon jardin spirituel
De Silence et magnificence
Bruisse de pensées végétales
Et de fleurs abstraites
Par moi seul faites
Offrant l’intimité
De leur sens doré.
Que ma scène de verdure
S’irradie en moirures
Comme je crains d’oublier
Cette blonde fugacité.
Ainsi –je fabrique – je magique
Inversant les conventions et les archétypes
Maître Sérénissime
J’anticipe et je participe
Et … quand le monde est moche
Pardonnez-moi, je repars
Vers mon jardin de poche
… Mon jardin de Nulle Part ….
Poème 21
Désirs
Baiser ! Acte plus pur que le reste.
Tandis que la vue, par ses orifices
Assure le carburant, au feu
Des possessions tactiles.
Présences multipares des désirs !
A croire qu’ils sont trop
Trop – (comme le métro )
Aux heures d’affluence –
Mettant en jeu notre coffrage.
Désirs pubères, non-connaissants des voies
Désirs aux pulsations violettes
D’ordre physique avec des intentions,
oublieux de tout ce qui n’est pas eux
Désirs ayant peur de s’entendre,
en adhérences vagues,
ou à la recherche de la lampe, infiniment….
… Qui tendez trop grandes les corbeilles – qui oscillez
des fraîcheurs blondes aux brunes caloriques.
Faut-il croire aux horizons absents ? Se tourmenter avec
les poings sous le menton ?
Est-ce sagesse d’étrangler le jet de bile ou d’irriguer
le champ de la moisson certaine ? ….
Poème 22
Flou
Mon fardeau –celui qu’il faut
Porter –malaise plein la vie,
Est-ce qu’elle vaut
D’être suivie ? …
Cependant mon chemin
Reflète l’août de satin.
Une heure tiède approuve
L’homme qui ne pense pas
Et l’enfance qui trouve
Sa joie –jusqu’à ce jardin las
De s’endormir, aux ondes
Musicales du monde …
Poursuivrai-je sans voir clair
Comptant les pieuses défaites
Et les victoires sur la chair.
Ardente –une route ainsi faite ?
D’autres, gaiement, vont au tombeau.
Je te laisserai bien – Fardeau !
Poème 23
Je réclame deux âmes
Dont celle d’une femme
Mais, à qui s’adresser ?
La mienne en a assez
De ses excès
Je me l’étais clouée sur la peau
Comme un oripeau
Comme un drapeau.
Je les voudrais neuves
A toute épreuve
Et les fabriquerais
Telles que tu sais.
Tyranniques maîtresses
Aux caresses
Qui usent
Est-ce là, ce qu’on appelle les Muses ?
A l’Ecole utopique
Des réalités absentes
Qu’elles instrumentent
Mes rêves magnifiques
S’imprègnent
De ce sperme inconnu
Et atteignent
Plus haut que je n’ai pu.
Drôle besoin de mon être
De renaître
Toujours
-C’est bien écrire
Pour ne rien dire ….
Je le crois donc si beau
Mon tableau ?
Poème 24
Vous qui placez en or
Vous qui placez, en or, des disques
Opaques à la vue – tout riche métal –
Mes sœurs odalisques,
Ne faites plus mal.
Une totalité me translate
Vers l’extrémité.
Mon essai se dilate
Au terme infréquenté
La fontanelle m’est donc refermée
Sur les interdictions ?
La magicienne Médée
Est vide d’incantations !
Il y a bien –sans molécules-
Loin des pas trop couverts,
A l’usage des funambules,
Un diaphragme ouvert
Sur ce que l’on soupçonne
Loin, ou frisant des yeux
Dont le champ conditionne
Un avis frauduleux,
(tel moustique atomique,
pressé sous le verre grossissant
offre l’état véridique
de tripailles et de sang).
Poème 25
Parfums
Brumes rampantes de la veille…
Nativité des Orients …
Lumineuse ombre qui sommeille …
Souffle noueux par les serments.
Corolles dont la chair expire …
Vagues mourantes dans l’embrun …
Haleines impossibles à dire …
Suave ozone des parfums.
Un baiser à ta lèvre peinte
Devient cocarde en tes cheveux …
L’âme d’une larme qui suinte
Ajoute au cristal de tes yeux …
C’est ainsi que te respire
Tandis que mes anges déments
Retrouvent à ta gorge de cire
La souvenance des encens.
Saches, qu’au-delà de tout, j’aime
Ces imaginaires senteurs
Qui forment – chaste diadème
Le halo vermeil de ton cœur ! …
Poème 26
Océanide
As-tu vu, en Bretagne,
Guetter le cormoran
Sur ton boulet de bagne
Fait d’un rocher glissant ?
Songeurs impénétrables,
Ainsi nous espérons
Une gloire improbable
Lui, le maigre poisson
…Et vu le goéland
D’une telle envergure ?
De suivre son élan
Cela nous transfigure
Mais, nous apercevons
Que nos soudaines ailes
Ne sont que des moignons !
Ah ! glaise qui nous scelle …
Les pépites d’argent
Portent une goélette.
Allégoriquement
La plus belle mouette
Nous consolera bien ?
Elle fuit, féminine,
Le désir de nos mains
Et nos pensées marines.
Poème 27
J’écrivais…
…Automne – morte raison
Rousse en vert – femme fatale.
Au théâtre des saisons
Annonceuse d’Hivernales…
J’écrivais…
…Danse illogique
de mille moustiques…
J’écrivais…
…Tout notre sang tué
circule dans nos blés !
Tu es passée et j’ai écrit
Parfums …
Poème 28
Temple désert … Ma solitude
Concert des silences peureux
O baume des béatitudes
Mollissant nos sens fiévreux
Dans tes absences apparentes,
Mystérieuses … On sent frôler
La vie des morts … Ames parentes
Douloureuse de s’exprimer
Illusion définitive
D’un vol en l’espace arrêté
La nature suspend, craintive,
Le flot des sèves de clarté …
Là, une voix impérieuse
Domine le sommeil des bruits
Celle de l’Etre aimé, rieuse,
S’approche, éclate et s’enfuit…
Enveloppante solitude
Calmes volumes conjurés
Loi du souffrir –inhabitude
Appel des cœurs – désespéré !
Poème 29
Désirs
Sur le nuage idéal
Ou le plancher de boue
Au centre d’or du festival
Ou de la tourbe jalouse
Sans cesser de s’accomplir
Le quart d’une seconde – ni le millième,
T’assaillent les désirs …
Mon vertébré suprême !
S’il te rentre jusqu’au cerveau,
Par le jeu des narines,
Un dédoublé jumeau,
En ton être serpentine.
Ils font flèche de toutes les profusions
Harmoniques – voire équivoques
Pourvoyeuses aux démons,
De marchés réciproques.
Si l’appétit, à la courbe extensive,
Ordonne l’horaire aux papilles,
Les lèvres sensitives
Vers les désirs s’éparpillent.
Morphinisme ! Obsession de regagner
Les sphères de la drogue,
Et du premier baiser
L’extase mystagogue !
Poème 30
Mon inconnu
Accueillait la rose et le mendiant,
qui bordent toute route
Il croyait aux idéations aseptisantes
comme des rayons valables
Et allait sans torture, vers le destin de la fourmi
supérieure
Ignoré par la fourmi.
En cette quiétude excédante,
mon inconnu solfiait les notes gaies, des gammes improbables
Douloureuses dans ses bacilles, portant contagion,
Une forme attendait le choix de sa transmission.
La voleuse de liberté, se réservait la jouissance d’un baiser
laissant cicatrice de propriété.
Oh ! accolade fanée, scellant les désintéressements à partir d’elle.
Qui fera un aliment de joies négatives
et inversera le Verbe.
Comme tu l’as ressentie ! Mon inconnu.
Poème 31
Cauchemar
Ces draps plombés retiennent la sueur
comme un couvercle sur ma fièvre …
Paralytique – sans larynx – coagulé
Je veux me sauver des formes ennemies -
des longs tibias du Temps …
du baiser gercé de la laideur …
d’une pluie de soufre.
Il y avait une porte là ? … L’esprit passe -
Alors tout cela était son baiser au bel étranger ?
ma cervelle roule
Je repousse les assauts noueux du serpent
Juge ? Victime ? Je suis celui qui sait.
Je suis séant dans ma volonté.
Il y eut alors des gestes de force immobile -
D’ouverture de narines -
Des points noirs dans tes yeux-
Je serrai le bras d’une poupée au regard de porcelaine
Elle – dormait comme l’Art Eternel.
Poème 32
Factice
L’espoir du matin
Faisant la balayure
Tardive d’un destin
De fausse dorure.
Factice
L’addition de la reddition
Soi plus soi – continuelle
Jusqu’à dépossession,
Impossible gabelle.
Factice
Aussi la détente
Couveuse de pires sursauts
Des haleines divergentes
Vous sortent des naseaux.
Factice
Les luminescences du diorama
Qui s’étale, d’une tranche vitale.
Du banco que l’on joua
Aux fêtes saturnales
Avec, en main, la Dame de cœur
Et le jeu séducteur,
Sans faire sauter la banque.
Les amours en gerbes
Ne sont que folles herbes
dont les fleurs manquent.
Factice
Le tout et le rien
Le mal – le bien ?
Le commentaire
Le mot à taire
Puisque pour refaire les pas inouïs
On dirait – OUI.
Poème 33
Personnages
Restés amis secrets – camarades créés
Qu’enregistre – éphémère
Ma chambre de Daguerre.
Mouvez vos pas feutrés
Je vis parmi les vôtres
Allez ! les temps sont vermoulus
Je vous ai voulus
Pour mon circuit entre les autres.
Mes christ ! Votre passion dure encore ?
Vos lamelles saignantes
N’ont pas repu les meutes aboyantes ?
Des douleurs sont passées dans mon corps
Tendant le cou à briser l’occiput
Sans vaincre Belzébuth.
Lazare le Saint – d’avoir fait connaissance
Avec la mort deux fois et la double naissance,
Déplie tes os.
Peintre – libre de la charpente
Que je saute les routes impatientes
Où l’art ancien s’enclôt !
Que le support de chanvre reçoive mon poète
Et du désespéré la dernière quête !
Qu’aussi cet animal humain
De sa bassesse abdique –
Elève une supplique
En forme de ses mains !
Amis vous avez mes âmes
Je vis de leurs arrachements
N’est-ce pas ordre infâme
D’enfanter le châtiment.
Poème 34
…
Indéchiffrable mal d’être au bout de soi-même
Et de réaliser, dans l’indigence extrême
Ses rêves calcinés, épandus dans le vent,
Laissant le vide noir en un cœur décevant !
A ce terme fatal – rançon expiatoire.
L’INSPIRATRICE jaillit ! pailletée de gloire
La rampe instantanée projette ses décors
La souple Déesse, aux grâces de son corps
Revoit fleurir d’éternelles odes
Emerveille
Le Penseur lassé !
Poète, travaille…Et veille….
Poème 35
Je peins avec des mots
La martre défaillante
N’endigue plus le flot
Des visions pressantes …
Au sensible, oublieux
Je modèle sans hâte
Du verbe capiteux
Les inusables pâtes …
Encore insatisfait
Epris d’inexprimable
J’envie le chant qui naît
D’un buisson innombrable !
Poème 36
Composition
Œuvre incommensurable
Telle est la Création
Au peintre désirable
L’outremer
Accompagne
Le vert des près
Des montagnes
Aux tons diaprés…
Dieu – dans son immense toile
Réserva une place nette
A l’homme et à la femme sans voile…
Source infinie !
Laisse tomber sur ma palette
Un atome de Ton Génie !
Poème 37
Plaisirs que j’ai hélés, procédant de la cendre –
Minime gloire aussi, s’opposant à descendre
Votre cortège gai, qui déroule au chemin
M’abandonna la peine, aux mains de parchemin…
Patient, j’ai usé une vie étrangère
Aux rappels prometteurs d’idoles mensongères,
N’ouvrant que sur le Beau les portes de ma tour
Et les tons composés suivant l’effet du jour …
Ni des ors trébuchants, la féerie multiple
Se refléta perfide, en l’œil froid du disciple.
Ni le chant de ces mets, finement ciselés,
Mouillèrent tellement mon palais peu tenté.
De ce lot inégal, j’aimais la suffisance
Compensée dans mon cœur captant la résonance
De subtils battements … aux courants inducteurs…
Qui mouraient tous en lui … venant d’un autre cœur…
Poème 38
Rosseries publicitaires
Son ciel bleu frais repeint
Vernissé – est sur la grange
Horizontale – où se range
Une charrette, haute en foin.
Quant il se désintéresse,
Au son d’ocres violons,
De ta toilette – Déesse
Cérès – de jeunes garçons,
Là, avec les campagnardes
Vont, à l’épaule gaillarde
Un râteau
C’est Oudot ….
Cet Autre a sur sa palette
Neiges et boues grises qu’il jette
A son seul chemin – le vent
Lacère le plus souvent
Quelque affiche jaune ou rouge
Telle cette pompe bouge
Au fond zinc
C’est Wlaminck ….
Femme ! Voilà comme il t’aime !
Tes seins ne sont pas si haut ?
Ni verte ta claire peau ?
Mais cela se vend quand même.
Qu’aurait-il fait – Oh Créateur
Sans Toi – Pur dessinateur –
Pour l’hymen
Van Dongen ? ….
Celui qui d’un trait agile
Fit le lapin de ce nom
Peint d’une main puérile
Paris et ses environs.
C’est à l’huile qui pratique
Par une aversion publique
D’être à l’eau
Utrillo …
Je veux négliger la rime
A Kisling – Friez Otton
Trêve du rêve qui brime
Et veut profaner les tons
D’artifices
De Matisse …
Les défis
De Dufy ….
J’ai peur de l’Académie !
Alors –oubliez – Chers Maîtres
Le fiel que j’ai pu mettre
Pour déguiser mon envie ! ….
Poème 39
Enveloppe de chair sensible aux trahisons
… Asile combattu que la pensée déserte …
mon apparence vit … mon cœur est sans raison …
Vouloir ! Vouloir ! Pouvoir quand la foi est inerte …
Image en fuite de l’Esprit, s’asservissant
Aux Néants inféconds ! …. La toile est toujours vierge.
…. O secourable Muse ! …. Est-ce toi que j’attends ?
Sur mon appel , viens ! … Dénude tes contours …
… Dans la douceur du jour placé ton ombre altière …
… Immobile, pose, à l’estrade de velours …
Fidèle amant, je veux, d’une ferveur entière
Traduire, passionné, l’albâtre de ton chant.
Je veux à travers Toi, glorifier la Femme …
Objet mystérieux des penchants renaissants …
Prétentieuse ardeur – j’espère fixer la flamme
Où se jouent en tes yeux nos élans créateurs –
Avec le désespoir des folles entreprises !
… Et quand seront gravis les Monts consolateurs,
… Serre-moi sur ton cœur, par mon amour, Conquise !
Poème 40
Reconnaissance au Poète
Triste Destin et enviable – il t’a marqué
De son virus pour en mourir … tes stigmates,
Poète, sont celles de notre humanité,
Transfuse en toi, versant ses larmes écarlates …
J’éprouve en ton pouvoir – miraculeux médium –
Les affres de la tension vers une Idéale
Pensée – Mon âme, comme la fumée d’opium,
Abandonne le corps à sa vie cruciale …
J’atteins – fluide esprit – avec l’Apôtre Jean
De l’Apocalypse, aux plus surnaturelles
Névroses – mais ces envols, malgré leur élan
Perforateur de cieux, sont courts comme étincelles …
Poète d’avant nous – tes fils respireront
Ton âme vagabonde – ils videront les calices
Non repoussés des froides sueurs et vivront
De tes multiples morts … Eternels prémices ! …
Poème 41
Qu’est-ce que j’ai ?
A pressentir cette foule
Qui (vers son vide) à jamais
S’écoule …
Ambre et nicotine,
Au creux du parfum microbien
De ce long ruban parisien,
Parmi ces jambes, mes jambes dodelinent.
J’ai saisi l’implacable destin
Des fortunes individuelles
Pour aucune autre fin.
Mâles ou Femelles
(pris au sens exhaustif) –
je suis un dans la troupe
je me crois l’intensif
du groupe.
… de ceux qui ont martel en tête,
ou rien du tout – ou bien l’amour
après longue diète.
De ceux qui n’ont plus qu’un jour,
Qui ont un couteau dans le cœur
Sans vouloir l’extraire.
Qui sont les donneurs,
A la veine mammaire.
De ceux qui se sont battu sans toucher leur pécule
S’étant donnés inclus
Pour guérir la fistule
Du monde, et, reprennent le processus.
Aussi du savant distrait, qui repasse deux fois.
Nous dormons quand il veille,
Ca lui donne double droit.
Le simple, lui, porte sa bêtise
Au seuil du paradis
TOUS – à je ne sais quel bout –
Avec sève ou rhumatisme – mouches dans les rétines.
Avec maladie qui mange tout.
Qu’ils prennent tisane ou héroïne,
Qu’ils se fichent de leur mécanique,
De l’ordre de leurs cheveux
En cette lutte olympique
Même si le vent souffle sur eux
Avec sa corne d’abondance.
Alléluia … de profondis
Oui ou non gâteux
Extra-purs ou véreux.
Ils passeront sur la balance.
Poème 42
La cohorte des croix
S’avance en gémissant – très lourdes pour les grands
Petites pour les enfants
Mais grandissant avec leur taille …
Après la bataille
Les croix de bois – les croix dorées
En forêts levées
Sur le vaincu sans nombre
Répandront de l’ombre
Si, vivant, il croit
A la Croix …
Poème 43
Faites, Notre Seigneur
Que le troupeau dont la maigreur
Hante les crèches malsaines ;
Nourrisse mieux sa laine ….
Entendez aussi, bêlants,
La foule de vos enfants !
Nous avons trop couru les rocailles
Au cri de nos entrailles !
Nous avons râpé nos fanons
Entre les orties et les joncs
Pour trouver dans la plaine
Le lactaire de la haine !
Conduisez-nous bon Pasteur,
Vers les grasses hauteurs,
Où croisent l’anis, la verveine,
Carminatifs de nos veines.
Où l’infini printemps
Sans limite de temps
Par ses joies, féconde.
Où l’amour ne soit pas immonde.
Où chantent les pipeaux
Des gais pastoureaux.
Où pour l’agnelle
Déborde la mamelle.
Où souffle enfin l’ESPRIT
Paissez vos brebis ! …
Poème 44
Tu n’achèveras pas ton rire
Tu n’auras pas dit, demain
Tu n’auras pas tissé la toile
De tes projets.
En cet avenir certain
A peine prenais-tu position
Que résonne le pas du moissonneur
Pour tomber ta moisson, avec les autres
Epis, peut-être vides ou pas encore mûrs,
Pour donner du travail aux meules
Inexplicables,
Graissées par les sueurs dernières
De la matière broyée.
Il faut que ton âme prêtée, au terme de la treille,
Accepte le pressoir
Sous les pieds des vignerons funèbres
Avant que ce soit leur tour.
Qu’elle se résigne généreusement
A cette chose anonyme,
A la séparation de la pulpe
Du total du vin nouveau
De tes bonnes actions.
Dieu, que cette liqueur vous agréée !
A son fils Gonzagues
Poème 45
Nocturne
Sur le noir du clavier
Dépose le nocturne,
Verse la suite de l’urne
Pour vous livrer,
Aveugles aux yeux ouverts
Sans notion
De nos proportions,
A tes concerts …
Nuit hagarde, que tes flancs sont lourds
De pressentiments
Des marteaux sourds
Annoncent les dénouements …
D’où vient la peine que j’ai pour le voyageur
solitaire, dans une chambre anonyme de l’hôtel sans
confort , un lit de fer, un bassin
centenaire
le carrelage rouge peint.
Pour les sans étoile
Ni draps de toile.
Et la femme éperdue
De s’être débattue.
Sur les bords de la Seine – des canaux
Contre les œillades paresseuses
Guérisseuses
De tous maux …
Nuit défaite – coléreuse –
Il faut que tu tombes
Comme les bombes
Sur notre gueuse
Sur le ciel est l’Enfer
Les dards de Lucifer
…
Briseront l’arbre
et l’homme dessous …
Le cierge exorciste, sur la table de marbre
a prié pour nous.
Nuit réparée,
Terreurs oubliées,
Les présences se fondent
Fécondent
En des besoins d’éternité.
Ma jalousie dérobe
Tes rêves échappés.
Mais demain, lorsque le coq sciera l’aube
Je serai seul
Seul.
Poème 46
«Les vierges folles – hors d’ici »
Les vierges folles sont sans abri.
C’est écrit – il faut – il faut qu’elles aillent
A leurs funestes épousailles !
Elles traînent l’agitation de leur drame et la mascarade
De leur pléiade …
J’entends que le stupide exhibe ma couronne d’orgueil
et la pourpre des rois
qu’il ne complaise sur le seuil
de son Moi ! …
Je pigmenterai les tempes
Du Jaloux et Toi l’Avarice
Crochue ? J’élèverai la lampe
Sur des messes adulatrices …
Sous mon aiguillon
Le bovin paisible foncera
Comme un taureau banderillé, dans la vision
De la rouge muleta … il tuera.
J’ai les sucres et les viandes
Aux fumantes tendresses
Pour ses lèvres gourmandes
Du cristal plein d’ivresse ….
Paresseuses, à l’abri de l’effort
Je livrerai l’impure,
Complice du corps
Pour d’autres aventures ! …
L’une des folles a frappé
L’Homme a répondu « Entre » !
Elles lui ont pris le cerveau, les yeux, le nez,
La rate, le cœur, l’estomac, le foie, le ventre.
Poème 47
Paysage
Cascade par le feu
Côte d’Azur trop bleue
Chants assoupis des feuilles
Verts miroirs qui accueillent
Les baisers ruisselants
De l’astre triomphant.
Tuiles rousses qui scintillent
Dans tous les ors grésillent
Nous livrant l’intuition
Du pointillisme des tons.
Alouettes grisées
En lui, toutes absorbées.
Bronze des corps… tendus
A son empreinte … nus
Et dont le sable tresse
Les ombres pécheresses …
Quand un cri sans pareil
Magnifie le soleil …
Poème 48
De toutes parts …
Monde colossal, beau ou immonde.
Sueur de l’Astre.
Contre-mi de la Cigale et
Son amour physique avec la treille – mère annuelle.
Océan aux yeux changeants
Suivant les écailles
De trop de poissons !
Etangs pour la coquetterie des lunes !
Odeur poissée des goudrons sur les cordages.
Frissons des hautes altitudes.
Réserves des virginités.
Lumières des villes.
Paris !
Fondation perpétuelle de la Poésie.
Eponge, être cependant vivant, aux antipodes
Psychologiques de la Tension humaine.
Désirs.
Tourbillons idéologiques.
Berceuse sur un berceau …
Poème 49
Pourquoi
Se vider les entrailles ?
Le cygne glisse sur l’oubli.
Pourquoi des volutes de broussailles
Dégager les abstractions moites ?
Demain la fumée montera droite.
Pourquoi dilapider la nuit
Fermée sur l’amour et le délit ?
Porter l’espoir à la boutonnière
Ou le manteau d’ignominie
S’attacher à la crinière
D’une utopie ?
Rêver d’une manne profane
Ah ! D’une mission !
Rien que dompter la forme !
Croire à la réforme
Et donner au plaisir du lion
Ce pantelant d’allure vaine
Aux gestes inquiétants
De gloire ou de déveine ?
Halte ! Mon homme ! Mon gisant.
Poème 50
Des yeux …
Ces deux coups de pinceau, à la lumière de l’âme,
Ne sont-ils pas les derniers périssables ?
Les yeux ont un éclat constant , jusqu’au volets clos
Par une main parente.
Mon poème est pour eux.
J’ai vu dans vos yeux bleus
Nos dimanches d’été, penchés sur des rivières
Et toutes les semaines en se passant des cieux.
O réseau de faïence, arrêtant le mystère
Des vouloirs qui s’attendent aux gestes de blondeur !
Vous avez répandu dans mon paysage
Les diamants d’azur –ignorant leur valeur
Il n’est pas de miroir pour l’oiseau de passage.
J’ai vu dans mes yeux verts
Des lambeaux de remous et d’algues retenus
Dont le destin joignait aux rivages déserts.
Si le bateau vogue en la bouteille ingénue
Mon iris, atavique aux océans du Nord,
Conservera sur l’écran neigeux, ses lagunes
Légendaires et les filets profonds des ses fjords.
La glace m’a trahi la couleur des rancunes.
J’ai vu dans ton œil noir
le sable chaud d’une corrida folle
taché de sang, d’œillets et de mouchoirs
et les jurons des belles espagnoles !
Ah regard ! où l’acier du torero
Multipliera les soleils dans le prisme
A moins que ne consume amoroso
Les essences brunes du magnétisme.
Poème 51
Le printemps alors agita les sèves
Un peu plus fort,
Déshibernant les troubles sensuels
Une dernière seconde, elle eut la notion
D’approximatives contingences
D’une maîtrise sortant d’elle
Du vide de son contrôle …
Brusquement ! abandonnant à son lit
L’empreinte chaude de son corps
Elle s’élança , nue, à travers la campagne.
La pluie tombait diagonale,
Massant sa chair,
Et sa gorge de vingt ans,
Provocant la Nature.
Un instant, cette cinglante sensation
Faillit rassembler sa raison.
Souple faunesse, allégée des conventions,
La chevelure ruisselante,
Elle courut à travers la lande,
Entre les amandiers,
Parmi ses sœurs , les herbes folles,
Sourde aux raisons de la ronce.
Sa présence réinventait la Nature
Surprise devant l’Eve
Libérée.
A bout de course éperdue
Elle aventura sous la forêt
Son immense solitude
Et volant d’une pointe à l’autre
Jusqu’à la plus haute roche
Sans peser
Haletante de sa jeune poitrine
Grisée, les yeux perdus,
Mon IMAGINATION
En un grand geste de bras étendus,
Se jeta dans le torrent !
Poème 52
Je ne ferai pas le coup du Songe
Ou jusqu’au réveil
Un Monde surgit, Idéal
Ou les amis s’enlacent
Sans se voler leurs femmes
Ou la goualante est aphone
Et l’Art intelligible.
Comme chacun j’ai eu des ailes
Je me suis senti une âme d’aigle
D’avoir vu Blériot et Latham
Prendre l’air
Sur leurs avions en fils de fer
Ne plus peser, quelle aubaine
Pour un poète.
Dans le zoo du rêve
« Entrée libre »
La licorne et Pégase sont parqués
La Chimère était en cage
Ils l’ont assassinée
« Défense de toucher »
Il est dangereux de demander du feu
Au Dragon.
Le rêve est prestidigitateur
Il escamote portes et fenêtres
« Embrassez celle que vous voudrez »
Alerte ! l’Esprit va détaler
Le corps grogne et remue la patte,
Il a fini sa journée.
Poème 53
L’Automne prédispose aux notions essentielles
Son climat nostalgique, aux Testaments mystiques.
Automne qui m’est donnée !
Ma raison se cherche encore en ses complexités.
Quelles déductions tirer de tant d’inextricable ?
Ayant usé la volonté de mes yeux
Je n’ai pas cédé aux tentations
Des déclarations solennelles ;
Car nous saisissons à peine l’énoncé
Et la carence de nos abstractions.
On a fabriqué des axiomes
Qui sont des viatiques
Pour moustiques.
Aucun n’a pu dire l’Alpha et l’Oméga
De notre insolente biologie, chimiquement perpétuelle,
Ni le grandiose devenir
De l’animal et de l’anima
Combien de temps les générations,
Refaisant leurs calculs,
Scruteront-elle les éléments
En attente de la Révélation.
Et jusque dans le détail
Le logicien surpris du jeu des forces créatrices
Verra voisiner l’inégalable beauté
Et la plante hideuse,
Tandis que l’aoûta trombidion, inquiet de sexualité
Assure sa descendance …
Ces exemples appellent notre Sagesse.
En attendant le libre arbitre de la Pensée majoritaire
Nous avons endossé le vêtement de confection
Qui sied aux enfants privilégiés
Et les Mondes en six jours furent créés …
Avec, sur le nôtre, Adam et Eve
Moins vêtus que Minerve
On a ensuite appris que le coelacanthe
Figurait au sommet de l’arbre généalogique
Depuis cinq millions de siècles.
La science déroute le miracle
Un feu follet, phosphure d’hydrogène
Avant elle, évoquait les Esprits
Ses découvertes nous fusent vers les planètes
Elle modifie les Etres au nom de la Parthénogenèse.
Je ne puis répudier mes images naïves
Non plus que mes poèmes de communiant
Ce passé n’est plus mien
Je me retrouve à regarder ces œuvres
Sorties désincarnées du plâtre de mes mains.
Sous le knout des années
S’amplifie le souci du « pourquoi ? »
Et du terme plus proche
Une aspiration innée vers la jeunesse
Nous fait un besoin d’Eternité,
En compagnie des aimés.
Contre la bonne souffrance, chère sublimation,
La Religion, les religions, nous offrent
Le contraire de nos maux
Et de rejoindre, flamme vacillante,
Le Foyer ardent de l’essence Suprême,
Le trou n’est plus fermé sur l’espérance
L’Orient des paraboles s’est fait irrésistible.
Mais le Doute, pauvre loque, t’envahit
Accru par l’Expérimentale
Accepte alors le dilemme
Et se joue sur les deux vies.
Ne renonce pas aux ardeurs qui te portent
Puisque, sans l’avoir voulu, tu es des nôtres
Déblayons ensemble la route
Qu’au dessus d’elles un arc fulgurant porte
« Responsabilité » …
…
Car cela il faut que je l’écrive,
Au nom de l’Art temporel
A nom des peuples qui ne m’ont pas mandaté
Au nom de ceux qui sont sur terre sans avoir
Eté consultés, et qui auraient dit : « NON »
De ceux qui vont naître
Et subir, pour notre instant du jouir
Ce qu’on appelle « la vie… ! ».